Présentation de l'initiative

1. Le contexte
2. Le modèle ÉER
3. Les résultats observés chez les élèves et les enseignants
4. Des pratiques en réseau au-delà de la classe et de l'école
5. Des pistes pour l'avenir de l'ÉER

 

1. Le contexte

L’initiative de l'École en réseau (ÉER) est née de la volonté du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) de trouver des solutions nouvelles au problème des petites écoles primaires et secondaires. Les États généraux sur l’éducation, il y a près de quinze ans, avaient constaté le défi de l’égalité des chances dans les milieux éloignés, où la baisse démographique et l’accès à l’école de village posaient des problèmes de plus en plus aigus. En outre, des tensions croissantes apparaissaient dans les communautés locales pour la survie de l’école, plaçant ainsi de plus en plus le milieu scolaire dans une position délicate.

Les politiques de maintien des écoles ont évidemment porté fruit dans le monde rural, au bénéfice des communautés concernées. Mais le corollaire de ces politiques réside dans la nouvelle situation qui prévaut dans plusieurs de ces écoles qu’on veut maintenir ouvertes : de classes d’abord à double niveau, on voit maintenant apparaître des classes à triple niveau, voire à quadruple niveau. Ce sont non seulement les interactions entre élèves qui sont ainsi réduites en raison des petits effectifs, mais les interactions entre élèves du même âge. Et, selon les responsables scolaires, les projections démographiques confirment cette tendance. Ainsi, l’enjeu de la vitalité et de la viabilité pédagogique de ces écoles, dont certaines classes sont multiâges, s’avère d’autant plus crucial pour les prochaines années.

Mise en place au moment où la fibre optique (connectivité) se déployait sur le territoire québécois, l’École en réseau faisait l’hypothèse que la mise en réseau pouvait enrichir l’environnement éducatif de ces écoles. Un dispositif d’innovation combinant la visioconférence sur Internet en classe et un outil d’écriture (forum électronique) a été expérimenté dès l’année 2002 dans une dizaine d’écoles. Ce dispositif visait à évaluer la faisabilité d’un environnement éducatif différent, où la mise en réseau de classes d’écoles distantes pouvait constituer une solution viable. Il ne s’agissait donc pas de formation à distance, mais d’une toute nouvelle approche, où les élèves et enseignants de classes d’écoles distantes interagissent et collaborent.

On compte actuellement 25 commissions scolaires engagées dans l’ÉER au Québec, soit plus de 200 écoles dont la grande majorité est du niveau primaire.

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2. Le modèle de l'ÉER

Mettre en place le modèle de l'École en réseau, c’est ouvrir les murs de la classe pour aller au-delà du petit groupe qui la compose et rejoindre d’autres classes, d’autres écoles, voire d’autres milieux culturels. Dans l’ÉER, deux enseignants sont dans deux classes distantes et leurs élèves effectuent une partie de leurs apprentissages ensemble. Ils bénéficient de plus de possibilités et de moyens pour accomplir leurs tâches respectives et ainsi créer un environnement d’apprentissage plus riche. En augmentant la quantité d’interactions de qualité entre élèves et entre enseignants, c’est l’égalité d’accès mais aussi l’égalité de succès dans les études qui sont visées. La classe est donc branchée en réseau avec une ou plusieurs autres, et toutes sortes de configurations y sont vécues : travaux d’équipe entre deux élèves d’une classe et deux autres de la classe distante, projection en grand groupe des avancées faites par les élèves de l’autre classe sur le logiciel d’écriture, cours magistral où l’autre classe est projetée grâce à la visioconférence, partage de tâches d’enseignement selon l’expertise ou selon les besoins des élèves, etc.

Le modèle de l’École en réseau diffère de la formation à distance : il ne s’agit pas seulement de donner accès à l’élève à des services d’enseignement, mais aussi de s’assurer que ces services soient maintenus dans son école de village. Il se distingue aussi par le travail en équipe d’élèves délocalisés rendu possible en réseau. Dans l’ÉER, les élèves sont appelés à s’interroger sur des problèmes réels et à développer une compréhension commune autour d’une question qui les préoccupe et qui est en rapport avec le programme de formation, et ce, à l’aide d’un outil qui structure le travail en équipe et facilite le développement de compétences attendues au 21e siècle en éducation. La combinaison du forum électronique et de la conférence offre la possibilité de vivre des activités, en même temps ou en différé, et de communiquer à l’oral ou à l’écrit.

Le fonctionnement de l’ÉER ne requiert pas un dispositif technique sophistiqué : quelques ordinateurs dans la classe, branchés à Internet (un ratio moyen d’un ordinateur pour quatre élèves), un logiciel de conférence sur Internet, des webcams et casques d’écoute et un forum électronique en guise d’outil d’écriture. Les outils proposés sont simples d’utilisation et les activités se situent au coeur du programme de formation de l’école québécoise : les élèves y font des mathématiques, des sciences, du français, etc. Mais les apprentissages ne se limitent pas à ceux prescrits au programme. Soulever le questionnement des élèves afin de les engager dans une démarche de recherche collective avec d’autres élèves qui se trouvent dans un milieu différent du leur, c’est leur offrir plus d’opportunités de faire des apprentissages durables.

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3. Les résultats observés chez les élèves et les enseignants

Le CEFRIO a réuni une équipe de chercheurs (Université Laval, UQAC, UQO, McGill) dès le départ, laquelle a mis en place un dispositif de recherche-action et de soutien en temps réel auprès des équipes-écoles. Des données sont colligées depuis 2002 afin de suivre l’évolution des apprentissages des élèves dans un contexte de mise en réseau et de documenter les conditions de mise en oeuvre du projet. Dès la première année, ce sont les enseignants, soutenus par les chercheurs du CEFRIO, qui ont « inventé » les pratiques en réseau au moyen de la visioconférence en classe et du forum de connaissances.

Lors des activités en réseau, les élèves travaillent sur les matières du programme d’étude et développent des compétences de haut niveau. Dans l’outil d’écriture, le niveau d’explication des élèves, la complexité des problèmes sur lesquels ils travaillent, la modification de leur compréhension au cours des échanges et leur utilisation d’un vocabulaire approprié montrent qu’ils développent des habiletés d’ordre supérieur. En conférence, une partie importante des activités réalisées font appel à l’investigation et sont l’occasion de développer l’ensemble des compétences transversales inscrites au programme d’études, et tout particulièrement celles de la résolution de problèmes, de la coopération et de la mise en oeuvre de la pensée créatrice.

Non seulement l’expérimentation de la mise en réseau de classes en milieu rural montre-t-elle, à ce jour, sa pertinence pour l’apprentissage des élèves et leur motivation (voir les différents rapports de recherche), mais elle offre aussi des avantages importants en matière de développement professionnel pour des enseignants isolés. Ceux-ci voient l'ÉER comme un moyen de briser leur isolement et de développer non seulement leur compétence TIC, mais aussi l’ensemble des compétences professionnelles définies par le MELS.

Les premiers rapports de recherche sur l’ÉER en ont fait état : pour que se produise une telle innovation, une transformation de la pratique pédagogique doit s’opérer et pour que puisse se réaliser véritablement le travail en réseau dans la classe entre écoles distantes, l’environnement éducatif et organisationnel de l’école doit lui aussi se transformer. Différents niveaux de transformation montrant l’intégration d’ÉER ont été observés, mais chez les enseignants qui ont une certaine expérience dans sa mise en oeuvre, l’ÉER est perçue comme une approche à intégrer dans leur pratique en classe et non comme un projet parmi d’autres. Dans les milieux qui l’ont intégrée de cette manière, les constats effectués soutiennent la viabilité du modèle pour les petites écoles.

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4. Des pratiques en réseau au-delà de la classe et de l’école

La mise en réseau des écoles ouvre aussi la voie à de nouvelles façons d’offrir des services au moyen des technologies de l’information. Ainsi, d’autres professionnels que les enseignants peuvent aussi utiliser le réseau pour accroitre leur offre de services aux élèves. Par exemple, des orthophonistes, des orthopédagogues, des psychoéducateurs, des conseillers d’orientation et autres professionnels font l’expérience actuellement d’une toute nouvelle approche combinant le face-à-face et le virtuel auprès des élèves requérant leurs services. Des partenariats avec les ressources locales en santé ont aussi vu le jour et laissent entrevoir des possibilités pour le réseau de la santé de tirer profit de cette approche. À titre d’exemple, une hygiéniste dentaire d’un CSSS a accompagné à distance les élèves dans une expérimentation qui vise à leur faire comprendre les effets préventifs d’une bonne hygiène dentaire alors que dans un autre milieu, une sexologue a répondu aux questions posées par les élèves sur le forum électronique.

Le modèle ÉER n’est donc pas seulement une innovation mise au service des classes et des écoles. C’est aussi une innovation en matière d’occupation du territoire, de développement local et de revitalisation des institutions et des communautés. On observe, par exemple, que des initiatives nouvelles se développent dans des milieux où les maires et les citoyens sont interpellés par le modèle ÉER et en font un levier de développement du territoire et d’attraction des familles, de même qu’une vitrine exemplaire d’utilisation de la large bande pour l’ensemble de leur communauté. Depuis 2002, le CEFRIO examine cette dimension avec une équipe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke, de manière à documenter les effets, les défis et les possibilités à ce chapitre.

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5. Des pistes pour l’avenir de l’ÉER

La vitalité et la qualité de l’école de village contribuent fortement à l’occupation du territoire québécois et à son développement. Avec la disponibilité des technologies et la mise en réseau qu’elles permettent aujourd’hui, il est possible d’imaginer autrement le fonctionnement de ces écoles et ainsi contrer l’effet démographique. L’expérience de l’ÉER constitue une piste de solution intéressante pour répondre à un tel défi d’offre de services éducatifs de qualité dans les communautés rurales.

Dans ce contexte, le modèle pédagogique de l’ÉER est un moyen privilégié pour assurer la consolidation de la petite école au Québec, dont le caractère particulier s’appuie sur l’usage de technologies dans la classe, des pratiques éducatives en réseau, des modes de fonctionnement adaptés, voire standardisés. En fait, la vision du CEFRIO et qui est partagée par plusieurs gestionnaires des commissions scolaires, est à l’effet qu’en adoptant le modèle ÉER, l’école de village peut s’inscrire dans la foulée des compétences attendues au 21e siècle en éducation. En enracinant davantage le modèle dans ces écoles, on vise à les rendre attractives et modernes, même si elles comptent peu d’élèves. Actuellement, le MELS, la Fédération des commissions scolaires du Québec et la Centrale des syndicats du Québec conviennent de l’importance que le modèle se déploie dans les milieux ruraux, bien que des obstacles structurels restent à lever.

Aussi, le CEFRIO croit que des actions soutenues venant du milieu municipal et des instances de développement régional sont à privilégier, maintenant que le modèle ÉER a fait ses preuves sur le plan pédagogique. Comme ÉER a fait oeuvre de pionnier dans l’usage de la large bande dans les villages, il serait intéressant que la mise en réseau et de nouvelles façons de faire puissent se transposer dans d’autres secteurs de ces milieux (santé et services sociaux, services publics, complémentarité de services entre les villages, etc.).

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